Voilà 10 ans que nous avons le diagnostic de Clémence. Quand je repense à ce 30 aout 2001, je ressens énormément d'émotions. Je pourrais vous raconter cette journée comme si elle s'était passée hier, c'était tellement intense, tellement fort, tellement dur que je me souviens de tout, même après 10 ans. C'est dingue comme ces années sont passées vite et pourtant, elles ont été les dix années les plus intenses de toute ma vie...

10 ans que notre vie a basculé dans le monde du handicap et de l'autisme. 10 ans que nous avons construit une nouvelle vie, appris à apprécier le quotidien et surtout appris à avoir d'autres rêves.

Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière sauf si j'avais le pouvoir de tout changer. Les années qui ont suivi le diagnostic ont été terrible parce que le comportement de Clémence était terrible. Elle criait énormément, quasiment toute la journée, elle s'automutilait, ne parlait pas, ne comprenait pas le langage, ne voulait pas boire régulièrement, se réveillait toutes les nuits et se levait à l'aube...

Ces premières années ont été les plus difficiles parce qu'il fallait bien maintenir le cap et l'aider à progresser, lui apprendre à apprendre, lui apprendre à ne plus crier, lui apprendre à communiquer. Il fallait faire tout cela sans prendre le temps de se lamenter et sans ressasser, encore et encore, tout ce qui ne serait plus pareil. Mais je l'avoue, j'aime bien me plaindre de temps en temps et c'est encore mieux si je trouve quelqu'un pour me plaindre !

Ce serait mentir de dire que tout cela n'a eu aucun impact sur moi parce que, au cours de cette décennie, j'ai souffert de toutes sortes de maux plus ou moins réels mais réellement enquiquinant. Mon généraliste doit penser que je suis le malade imaginaire puisqu'il y a toujours quelque chose qui se déglingue. Je suppose que, même si tout va bien en apparence, je dois traîner une p'tite déprime depuis 2001.

Et puis, finalement, même si c'était intense, c'est passé vite. Clémence a bien progressé, elle s'est même métamorphosée ! Le temps a fait son oeuvre, on n'est plus abattu même si l'avenir nous inquiète encore.

A un moment, j'ai rêvé d'une vie autonome pour Clémence. J'y ai vraiment cru et je crois bien que j'avais besoin d'y croire pour continuer mon accompagnement, pour rester motivée. Là aussi le temps fait son travail et je sais maintenant que Clémence ne pourra pas vivre de façon autonome parce qu'il y a bien trop d'imprévus à gérer. J'ai envie que sa vie soit la plus douce possible alors pourquoi lui demander de gérer tout un tas de choses ? Je rêve donc désormais d'une vie la plus autonome possible ce qui n'est pas vraiment la même chose. Mais je suis plus sereine. Enfin, faudra voir ça dans une vingtaine d'années quand il faudra vraiment que j'organise "l'après-moi".

Il ne faut pas trop que j'y pense, j'ai 10 ans devant moi avant de m'inquiéter et ce serait idiot de les gâcher à s'inquiéter. Ce serait vraiment dommage parce que je vais commencer ma crise de la quarantaine...